MÉDUSE


Une création du Collectif Baba Yaga | Création musicale : Marion Gallet | Graphisme et recherche plastique : Anna Ferrier et Marion Gallet | Comédiennes : Sarah Battistella, Bastien Girard-Lucchini, Marion Gallet et Iman Kerroua


Très célèbre pour sa beauté, Méduse éveilla l’espoir jaloux de nombreux prétendants et, de toute sa personne, rien n’était plus remarquable que sa chevelure ; j’ai connu quelqu’un qui assurait l’avoir vue. Le souverain des mers l’aurait outragée, dit-on, dans le temple de Minerve ; la fille de Jupiter se détourna, dissimula derrière son égide son chaste visage et, pour ne pas laisser cet acte impuni, transforma les cheveux de la Gorgone en serpents affreux. Aujourd’hui encore, pour effrayer ses ennemis épouvantés la déesse arbore sur sa poitrine les serpents qu’elle a fait naître.

MÉTAMORPHOSES, OVIDE

Et c’est ainsi qu’Ovide scelle le mythe de Méduse. Un simple paragraphe qui n’accorde aucune voix, aucune perspective, aucune alternative à la protagoniste de ce récit. L’histoire de Méduse est racontée par des hommes qui font l’éloge de sa beauté et omettent de nous renseigner sur son identité : son ascendance, sa fonction sociale, sa singularité. Ovide nous rapporte ensuite que Poséidon abuse de Méduse dans le temple d’Athéna, sans aucun détail sur l’événement. Il nous raconte comment l’autre femme du récit, la « chaste » Athéna, punit Méduse – et non Poséidon – pour cet outrage. Méduse est donc la seule condamnée, spoliée de sa beauté car elle est cause de cet affront, transformée en monstre hideux voué à semer la destruction et la terreur jusque dans la mort.

Il y a très peu de sources mentionnant Méduse avant sa transformation en monstre et aucune ne relate le mythe à travers son point de vue. Cette injustice de l’histoire nous offre un champ de possibilités substantielles pour la création d’un récit fictionnel – tel un contre-récit – afin de combler les lacunes, et de proposer une perspective moderne et féministe. Notre fiction donne une autre vision des événements en faisant entendre une voix dissonante. La représentation théâtrale offre l’opportunité aux spectateurs de faire l’expérience physique de l’histoire de Méduse, celle-ci étant incarnée en chair et en os.


SYNOPSIS

C’est le jour des Panathénées, les festivités organisées par les mortels en l’honneur d’Athéna. Méduse, sa grande prêtresse, invoque la déesse pour ouvrir la cérémonie. Dans un défilé de divinités toutes plus fantasques les unes que les autres, Poséidon, subjugué par la beauté de Méduse, lui fait ses avances. Leur jeu de séduction, d’abord subtil et amusant, dérape violemment…


GENÈSE DU PROJET

The Global Hive Laboratories fondé par Denise Yvette Serna à Chicago, USA, organise des échanges et réflexions sur des sujets sociétaux en partenariat avec des artistes internationaux. Ces laboratoires sont pluridisciplinaires (théâtre, arts plastiques, danse, écriture) et visent à créer une communauté d’artistes travaillant sur des sujets engagés socialement à l’échelle internationale. À l’issue de ces conversations, ils créent le projet Méduse sur le thème des violences faites aux femmes. Le projet organise des résidences dans chaque pays avec des artistes locaux (USA, Royaume-Unis, Italie, France). Au terme de ces laboratoires artistiques, un spectacle est créé dans chaque pays afin de raconter l’histoire de Méduse dans une pluralité de langues, cultures, visions et approches et ainsi démystifier le mythe. Denise rencontre Iman en école d’arts dramatiques (East 15 Acting School à Londres), et la charge d’organiser le laboratoire français. Iman s’entoure de plusieurs performeurs, dont Marion et Victor. Rejoints par la suite par Sarah et Bastien, le Collectif Baba Yaga est créé et Méduse devient MÉDUSE.

Tout d’abord un travail de recherche approfondi sur le mythe de Méduse et le thème des violences faites aux femmes a été réalisé. En lisant et décortiquant ce qui a été écrit sur le sujet, une véritable bibliographie s’est mise en place, constituant une base de données virtuelle, ressource principale de notre travail. L’absence de texte offre un canevas vide et laisse libre cours à un grand brassage d’idées. Cette élaboration se fait autour d’une table mais également au plateau avec du travail de corps et des improvisations. Nous avons écrit le récit de MÉDUSE à cinq, une incroyable ressource de visions et de sensibilités différentes. Toutes ces approches de travail ont donné la chair et le sang à notre squelette.

Il en sort un texte percutant, qui contrebalance les tableaux de corps et de mouvement. 


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